SAINTS CYRIL
(Constantin)
SAINT METHODE

Egaux aux apôtres
et
Illuminateurs des Slaves
 

24 mai -11 mai


 
 
Ces nouveaux Apôtres naquirent dans une famille noble de Thessalonique, ville qui, se trouvant au carrefour des peuples, avait subi, en ce IXe siècle, de fortes influences slaves. Dès leur enfance les deux frères avaient été en contact avec les populations slaves installées dans la région, apprenant leur dialecte et s'accoutumant à leurs moeurs. Méthode, l'aîné, né en 815, était d'un caractère calme et doux. Il acquit de solides connaissances juridiques et montra rapidement de bonnes aptitudes dans l'administration, de sorte qu'on lui confia le gouvemement d'une province où résidaient des Slaves1. Toutefois, au bout de plusieurs années, il réalisa qu'il ne convient pas de perdre son temps en se souciant de choses "qui n'ont pas de valeur éternelle", et démissionna. Fuyant le monde comme le passereau échappe au filet de l'oiseleur, il gagna le prestigieux centre monastique du Mont Olympe de Bithynie, où il devint un moine exemplaire, tant par son obéissance et son amour de la prière, que pour son application à l'étude des Lettres sacrées.

Constantin, né, lui, en 827, avait été doté par Dieu d'une intelligence et d'une mémoire exceptionnelles, et dès son plus jeune âge il rêvait de prendre pour épouse, non pas une belle princesse, mais la Sagesse de Dieu, tel un nouveau Salomon. A l'âge de quatorze ans, il avait appris par cúur les poèmes de Saint Grégoire le Théologien, et c'est avec larmes qu'il suppliait les professeurs de lui enseigner la Grammaire, afin d'en pénétrer le sens. La renommée des talents du jeune garçon parvint jusqu'au tout-puissant Logothète Théoctiste , qui le fit venir à Constantinople et le prit sous sa protection. Constantin compléta rapidement ses connaissances générales et fut initié aux sciences supérieures par les meilleurs maîtres du temps : Léon le Mathématicien et Saint Photios, dont il devint le disciple bien-aimé. Auprès de Photios, il apprit quelle est la vraie sagesse, c'est-à-dire : « La connaissance des choses divines et humaines, qui enseigne à l'homme à se conduire en tout à l'image et à la ressemblance de son Créateur. » Il reçut le surnom de "Philosophe" et, devenu familier des plus hauts milieux de la Cour, Théoctiste projetait pour lui une brillante carrière politique, qu'il voulait inaugurer par un mariage avec l'une de ses nièces. Le Philosophe le remercia de sa proposition, mais il répondit que pour lui rien d'autre ne comptait que l'acquisition de la "science" et de recouvrer la gloire perdue par notre premier père. Il dut néanmoins accepter d'être ordonner Diacre et reçut la dignité de chartophylax2 du Patriarche Ignace. Il renonça toutefois rapidement à cette charge pour se retirer dans un Monastère du Bosphore (le Kleidion), où il rencontra lePatriarche iconoclaste déchu, Jean VII Grammaticos, et engagea avec lui une ardente controverse pour la défense de l'Orthodoxie.

Au bout de six mois, il fut rappelé à la capitale et dut accepter, sous la pression de Théoctiste, le poste de professeur de Philosophie. En 851, alors qu"il était à peine âgé de vingt-quatre ans, l'empereur Michel III l'envoya en mission diplomatique auprès du calife Al Moutaoukil (847-861). Les discussions avec les Arabes tournèrent rapidement de la politique à la théologie, et c'est avec l'assurance des anciens Martyrs que Constantin fit une apologie de la Sainte Trinité devant leurs sages, et qu'il leur montra la supériorité des moeurs chrétiennes. Echappant de peu à une tentative d'empoisonnement, il put rentrer sain et sauf à Byzance. Lorsque le césar Bardas fit assassiner son protecteur Théoctiste pour prendre le pouvoir (855), Constantin, abandonnant de nouveau les soucis du monde pour chercher la sagesse dans le silence et la prière, partit rejoindre son frère Méthode au Mont Olympe, où ils s'adonnèrent ensemble à l'étude.

En 860, l'empereur, après avoir consulté le Patriarche Photios, fit sortir Constantin de sa retraite pour l'envoyer en mission chez le khan des Khazars3, lequel avait demandé qu'on lui envoyât un homme lettré, afin de discuter de religion avec les Juifs et les Arabes qui tentaient de convertir son peuple. Accompagné de son frère et d'une suite imposante, le Philosophe apprit l'hébreu en cours de route et reçut miraculeusement la connaissance du dialecte samaritain. A la cour des Khazars, ils eurent de longues discussions théologiques avec les Juifs, et Constantin confondit les docteurs de la Loi en leur montrant la supériorité de l'Evangile, obtenant ainsi la conversion de nombreux dignitaires ainsi que la libération des captifs chrétiens. Après avoir signé un traité d'alliance avec le khan, les deux frères prirent le chemin du retour, convertissant en chemin des peuplades païennes de Chersonnèse Taurique, et ils rapportèrent avec eux les Reliques de Saint Clément de Rome, qu'ils avaient découvertes par miracle à Cherson.

Aussitôt après avoir remis son rapport à l'empereur, Constantin se retira dans l'hésychia et la prière à proximité de l'église des Saints Apôtres. Méthode, quant à lui, ayant refusé l'ordination épiscopale qu'on lui proposait, dut toutefois accepter la charged'Higoumène du monastère de Polychronion, où vivaient alors soixante-dix moines.

Ce retour à leur chère quiétude dura bien peu de temps, car, en 863, une ambassade envoyée par le prince de Moravie4. Ratislav, arrivait à Constantinople pour demander à l'empereur un Evêque et un maître capable de leur enseigner, dans leur langue, la foi chrétienne qu'ils avaient déjà reçue en partie de missionnaires francs venus de Bavière. Mais ceux-ci prêchaient en latin et célébraient une liturgie incompréhensible, de sorte que les conversions avaient été peu nombreuses et le peuple avait de plus gardé ses coutumes idolâtres. Michel III leur répondit : « Il ne m'appartient pas de régenter votre foi », et il refusa de leur donner un Evêque, car il ne prétendait pas usurper cette région à la juridiction du Pape de Rome; mais il promit de leur envoyer des hommes capables de les instruire sur la doctrine du Salut dans leur langue, sans chercher à leur imposer la langue grecque.

Constantin le Philosophe était le seul homme qui possédait toutes les qualités requises pour cette mission, non seulement par sa sagesse mais aussi à cause de sa connaissance du dialecte bulgare et des principales langues du temps : le grec, le latin, l'hébreu, l'arabe (plutôt la langue turco-khazare), le syriaque et le samaritain. Le Philosophe accepta cette mission comme un ordre venu de Dieu, mais il demanda un temps de préparation, et se toumant, comme il en avait coutume, vers la prière, il sollicita de Dieu la révélation d'une écriture capable de rendre convenablement les sons de la langue slave. De même que l'ancienne Loi avait été révélée à Moïse au Sinaï, à la suite d'une théophanie, sur des plaques de pierre gravées de la main de Dieu , de même Constantin, ce nouveau Moïse, reçut la révélation d'un nouvel alphabet, avec lequel il put écrire aussitôt la traduction slave des premiers versets de l'Evangile selon Saint Jean. C'est cette écriture qui, après étude et corrections, devint l'instrument grâce auquel les peuples slaves, jusque-là barbares et grossiers, purent être placés par les Saints Missionnaires au rang des peuples civilisés "qui louent Dieu dans leur propre langue". Assisté par Méthode et par d'autres disciples d'origines slaves6, Saint Constantin traduisit alors avec empressement les péricopes de l'Evangile pour toute l'année, la Divine Liturgie, le Livre d'Heures et le Psautier, et c'est ainsi, munis des instruments essentiels à leur oeuvre apostolique, que les missionnaires byzantins partirent pour la Moravie (863).

Ils furent reçus avec de grands honneurs à la cour de Ratislav qui leur confia un groupe de disciples pour qu'ils leur enseignent la nouvelle écriture. L'usage de la langue slave dans la célébration du Culte Divin et dans la prédication, la fidélité de leur enseignement à la Tradition Apostolique et le rayonnement de la Sainteté des deux frères assurèrent un rapide succès à la mission et, en moins de trois ans (863-866), ils avaient rassemblé plus de cent disciples, qui diffusaient à leur tour la Bonne Nouvelle dans tout le royaume. Mais cette réussite suscita la jalousie et les oppositions des missionnaires francs qui, voyant leur influence rapidement occultée par celle des Byzantins, les accusaient de célébrer la Liturgie en slave, alors qu'il n'est permis, disaient-ils, de célébrer seulement en grec, en latin ou en hébreu.

Une fois les premiers fondements de leur entreprise jetés, les deux frères décidèrent de retourner à Constantinople pour y faire ordonner leurs principaux disciples. Mais, la route ayant été coupée à cause de la détérioration des relations entre Byzance et la Bulgarie, ils décidèrent de se rendre à Venise pour emprunter la voie maritime. Alors que les missionnaires attendaient là l'affrètement d'un navire, le clergé local reprit à leur égard les mêmes accusations que les missionnaires francs. L'affaire fut déférée au Pape Nicolas 1er, qui les convoqua à Rome. Lorsqu'ils y arrivèrent apportant avec eux en offrande la Relique de Saint Clément, le peuple leur réserva un accueil enthousiaste. Le Pape Adrien II, qui venait d'être élu après la mort soudaine de Nicolas, approuva l'oeuvre des deux Apôtres et il déposa solennellement leur traduction slave des Livres Sacrés sur l'Autel de Sainte-Marie-Majeure, condamnant comme hérétiques leurs accusateurs, les "Triglossites". Puis il ordonna lui-même Méthode, Prêtre, fit élever au Sacerdoce trois de leurs disciples, et les jours suivants, tous purent célébrer en slave dans plusieurs églises de la ville.

Pendant ce séjour à Rome, Constantin, épuisé par les voyages et les labeurs de la mission, tomba gravement malade et, le 14 février 869, après avoir reçu l'Habit monastique sous le nom de Cyrill, il remit son âme apostolique au Seigneur, en priant pour la confirmation des peuples slaves dans la Foi Orthodoxe. Il fut enseveli avec de grands honneurs dans la basilique Saint-Clément et des miracles s'accomplirent ensuite sur son tombeau7.

Le prince de Pannonie, Kocel, admirant I'úuvre des missionnaires byzantins en Moravie et désirant lui aussi soustraire son peuple à l'influence des missionnaires bavarois venus de Passau, leur avait proposé, lors de leur passage dans son pays sur la route de Venise, de leur confier la formation de cinquante disciples. Peu après la mort de Saint Cyrille, il envoya des messagers à Rome, demandant qu'on lui dépêchât Méthode. Le Pape Adrien accéda à cette requête. Après une première mission couronnée de succès, Méthode retourna à Rome pour y être sacré par le Pape Evêque de Sirmium, siège fondé jadis par l'Apôtre Saint Andronique, avec juridiction non seulement sur la Pannonie, mais sur tous les peuples slaves d'Europe centrale, dont il était chargé de superviser la conversion (870). Au milieu des peines et des labeurs, sans se lasser, le Saint continua son oeuvre d'évangélisation, en ayant comme principal instrument de prédication la Divine Liturgie traduite, qui procurait aux néophytes l'aliment nécessaire à leur croissance spirituelle. Il ordonna des Prêtres et des Diacres, et, grâce à son expérience de l'administration, il donna à cette nouvelle Eglise les fondements canoniques de son organisation. Mais lorsqu'il parvint en Moravie (873), la situation avait bien changé. Svatoplouk s'était emparé du pouvoir, après avoir fait aveugler Ratislav, et il avait de nouveau livré le pays à l'influence germanique. A peine arrivé, Méthode fut arrêté et dut comparaître devant un synode, en Bavière, qui, après un simulacre de jugement, le fit enfermer en Souabe, dans une tour, où il eut à souffrir cruellement des rigueurs du climat.

Ce n'est qu'au bout de deux ans et demi que le Pape Jean VIII fut informé de la situation et put faire remettre le Saint en liberté. Dès son retour en Moravie, Méthode reprit son activité avec un zèle accru, sans tenir compte de l'interdiction qui lui avait été faite de célébrer la Liturgie en slave. Il n'hésitait pas à reprocher avec sévérité à Svatoplouk sa conduite déréglée et s'opposa sans compromis à la doctrine erronée du Filioque, que le clergé franc tentait d'imposer dans ces pays de mission. Les Francs firent appel à Rome, mais après une apologie de son activité devant le Pape (879), Méthode rentra triomphant, avec la confirmation de tous ses droits, à la confusion de son ennemi juré, Wiching, Evêque suffragant de Neira. Ce demier n'en cessa pas pour autant ses intrigues, et il accusa cette fois le Saint de rebellion contre l'empereur. Cette nouvelle épreuve fut pour Méthode l'occasion d'entreprendre un voyage à Constantinople, afin d'informer l'empereur Basile Ier et le Patriarche Photios des résultats de la mission et de les assurer de son inébranlable fidélité (881). Il fut reçu avec de grands égards à la Cour, et le souverain comme le Patriarche approuvèrent pleinement la mission et l'oeuvre de traduction des nouveaux -Apôtres.

Réconforté par ce soutien de la Grande-Eglise, Méthode retourna en Momvie avec ses disciples, et c'est dans la paix et le calme, sans être désormais troublés par le clergé franc, qu'ils poursuivirent leurs traductions des Livres Ecclésiastiques. Méthode acheva en six mois la traduction complète de la Bible, ainsi que celle de textes patristiques et canoniques : tout ce qui était nécessaire à l'Eglise slave pour assimiler l'héritage du christianisme byzantin. Une fois cette úuvre menée à son terme, il rassembla ses disciples et célébra une Liturgie solennelle, en l'honneur de Saint Dimitrios. Puis il désigna son successeur, Saint Gorazd qui, originaire de Moravie, avait acquis une parfaite connaissance du grec; et après avoir béni les souverains et son peuple, il remit en paix son âme à Dieu, le 6 avril 885. Ses funérailles furent célébrées en grec, latin et slave, en présence d'une foule innombrable qui l'accompagnait avec des cierges, en pleurant le maître et le bon pasteur, celui qui s'était fait tout pour tous, afin de les conduire tous au salut .

La disparition de l'Apôtre des slaves fut l'occasion pour Wiching et les siens de reprendre leur conspiration contre les missionnaires byzantins. Il devança Gorazd à Rome et parvint à convaincre le Pape Etienne V de l'hétérodoxie de Méthode, et c'est muni d'une lettre lui donnant pleins pouvoirs qu'il rentra en Moravie. Avec l'appui de Svatoplouk, qui se souciait bien peu des questions théologiques, le félon mena une persécution sans merci contre les disciples de Méthode : Gorazd, Clément et plus de deux cents autres Saints Confesseurs. Certains furent frappés et traînés dans les ronces, les plus jeunes furent vendus comme esclaves à des marchands vénitiens, d'autres furent exilés aux extrémités du royaume. Gorazd trouva refuge en Pologne, d'autres en Bohème, alors que Clément, Nahum, Sabas, Angélaire et Laurent purent atteindre la Bulgarie, où ils furent accueillis comme des anges de Dieu par le tsar Boris.

Leurs persécuteurs trouvèrent, quant à eux, un juste châtiment à leur conduite, car, en 907, la Moravie fut envahie et ravagée par les Hongrois, et elle passa dès lors définitivement sous la domination latine. L'oeuvre des deux frères Egaux-aux-Apôtres, Cyrill et Méthode, ne laissa en cette terre aucune trace, mais, par l'intermédiaire de l'Eglise bulgare, elle devint la semence d'une riche tradition byzantino-slave, qui trouva son apogée dans la Russie de Kiev, à la suite de la conversion de Saint Vladimir.